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LE BLANC ET LE NOIR

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Dans la vie rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Ni droite / Ni gauche / Ni extrémismes mais résolument Contre le Système totalitaire marchand


Alexeï Tchaly : l’homme qui a rendu la Crimée à la Russie

Publié par Leblancetlenoir sur 21 Janvier 2016, 21:15pm

Catégories : #RUSSIE, #CRIMEE

Alexeï Tchaly : l’homme qui a rendu la Crimée à la Russie

Le 23 février 2014, Alexeï Tchaly prenait la tête de l’insurrection des habitants de Sébastopol contre le pouvoir de Kiev. Un mois plus tard, il signait, au Kremlin, les accords rattachant la Crimée à la Russie. Qui est cet homme, aujourd’hui sous le coup des sanctions occidentales, et pourquoi s’est-il battu, sa vie durant, pour le retour de la Crimée en Russie ? Il répond à la chaîne de télévision d’Omsk, Prodvijenie.

Prodvijenie : Vous êtes à l’origine de toute une série de projets patriotiques à Sébastopol : vous avez contribué à faire introduire la « sébastopologie » dans les programmes scolaires, conçu et financé la construction du complexe mémorial de la 35e batterie d’artillerie côtière… Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer là-dedans, à quel moment avez-vous décidé que la mémoire historique devait être préservée et transmise ?

Alexeï Tchaly : Je me suis engagé sur cette voie en 1993 : après l’assaut contre le Parlement russe. Je me suis rendu compte que Sébastopol ne reviendrait pas rapidement dans le giron de la Russie. Avant ces événements, les députés à Moscou avaient décidé d’attribuer à Sébastopol un statut russe, qui avait été confirmé, environ six mois plus tard, par notre Conseil municipal. Mais ensuite, on a tiré sur le parlement, et nous avons compris que la Crimée serait ukrainienne pour encore longtemps.

C’est là que j’ai compris qu’il faudrait jouer sur le long terme, et que j’ai décidé de faire de la sébastopologie : d’ériger Sébastopol en objet d’étude en soi. Un premier livre est sorti, puis un manuel scolaire. Aujourd’hui, il y a six livres. Au début, nous ne touchions que peu de collèges et lycées, puis de plus en plus. À terme, presque tous les établissements scolaires de la ville avaient introduit la sébastopologie comme une matière obligatoire.

Nous avons aussi imprimé des affiches et des calendriers avec le slogan « Nous avons le droit à l’histoire et à la langue russes ! », qui sont devenus extrêmement populaires, on les trouvait dans quasiment tous les bureaux, les magasins… partout. C’est devenu une chose autour de laquelle toute la ville s’est unie.

Quant à l’avenir, je voudrais que la ville devienne indépendante des subventions étatiques, qu’elle gagne son argent elle-même, sachant qu’elle est en mesure de le faire grâce au travail intellectuel. C’est d’ailleurs l’idée qui repose à la base du Concept de développement de Sébastopol, que nous avons rédigé à la demande de Vladimir Poutine.

Prodvijenie : Issu d’une famille de chercheurs, vous avez marché sur les pas de vos parents… Le choix de la science relevait-il d’un réel désir personnel, ou avez-vous été influencé par votre père et votre mère ?

A.T. : Il est toujours très difficile de faire la part des choses. J’avais peut-être quatre ou cinq ans la première fois que je suis entré dans un laboratoire. Et évidemment, l’odeur du fer à souder et de la colophane, les lumières tremblotantes sur l’oscillographe, ce sont des choses qui s’inscrivent profondément dans la mémoire d’un enfant.

Donc, il y a eu une influence, c’est évident, mais j’avais aussi des dispositions personnelles, une sorte de don. Quand j’étais en 9e classe (équivalent de la troisième française, ndlr), ma mère a repris des études, par correspondance, elle a entamé un cursus de mathématiques à l’université de Donetsk. Elle avait déjà un diplôme d’ingénieur, mais là, avec le second, elle choisissait la science fondamentale. C’est quelqu’un d’enthousiaste, et elle m’a embarqué là-dedans avec elle à l’époque ; c’est-à-dire qu’à 14 ou 15 ans, j’ai quasiment suivi en même temps qu’elle ses cours de première, puis de deuxième année d’université. Aujourd’hui encore, L’analyse mathématique est un de mes livres de chevet !

Prodvijenie : Et pour la littérature : dans quels livres avez-vous grandi ?

A.T. : Là aussi, j’ai eu de la chance. J’avais un grand-père, amiral, qui est parti en retraite à 70 ans, j’avais moi-même neuf ans à l’époque. Les jeunes qu’il avait formés ont pris la direction de la flotte, mais lui craignait de continuer de les influencer en restant à Sébastopol, que sa présence les empêche de prendre leur envol et de devenir de véritables officiers.

Il a donc rendu à l’État son appartement de quatre pièces en ville et est parti s’installer à Yalta. Sur le fond, il se trompait, mais pour moi, cette décision a eu des conséquences extrêmement bénéfiques : je passais quasiment tout l’été chez lui, à Yalta, où il avait rassemblé une bibliothèque remarquable, littéralement incroyable pour l’époque. On y trouvait absolument tout ce qui se publiait alors, et dans des éditions assez limitées.

La vie qu’avait eue mon grand-père l’avait amené à rencontrer beaucoup de gens, y compris beaucoup d’étrangers. Il avait notamment fait partie de la délégation soviétique qui avait signé la capitulation du Japon sur le Missouri. De ces pérégrinations, il avait rapporté des livres très intéressants, et moi, évidemment, j’ai adoré découvrir l’histoire de la marine militaire dans ces ouvrages, dans des livres aussi bons que le roman Port-Arthur, de Stepanov, Dans les collines de Mandchourie, et d’autres.

Prodvijenie : Et les affaires, alors, dans lesquelles vous vous êtes aussi illustré brillamment jusque récemment encore ? J’ai lu que votre entreprise Tavrida Electric était née dans les laboratoires de l’université. Comment ça s’est passé ? Comment vous êtes-vous découvert la fibre de l’entrepreneuriat ?

A.T. : J’ai été bien obligé. Le 19 mai 1982, je suis entré comme chercheur au laboratoire que dirigeait auparavant mon père – il était mort un mois plus tôt, et ils m’ont embauché, malgré mon cursus inachevé, sur recommandation personnelle du recteur de l’université… et seulement pour cette raison. Quand je suis arrivé, le laboratoire n’avait plus qu’un seul employé, tous les autres avaient filé, parce que mon père était un patron extrêmement charismatique, et que les gens travaillaient pour lui. Pas pour le labo mais pour lui.

À propos, je n’ai jamais travaillé avec un budget, j’ai toujours fonctionné selon le système du khozrastchet, sorte d’autofinancement des entreprises, plutôt rare à l’époque soviétique. D’ailleurs, mon livret professionnel est plein d’entrées, parce que l’État ne concluait avec notre laboratoire que des contrats d’un an, liés à des missions, et nous étions automatiquement menacés de renvoi, chaque 31 décembre, si nous n’avions pas fourni entre-temps au Département de recherche scientifique de l’Institut le projet d’une nouvelle mission… de l’argent, en fait.

C’est-à-dire que chaque année, nous devions non seulement faire notre travail, mais encore imaginer la mission suivante. Ça a été une période dure, et qui m’a énormément appris.

À la fin des années 1980, nous étions devenus une petite entreprise assez célèbre dans toute l’URSS. Nous produisions un équipement unique et participions à plusieurs projets intéressants et de grande envergure. Mais cette période a marqué aussi le début du déclin général, pour l’Union, le commencement de la boule de neige qui allait entraîner l’effondrement.

En août 1990, le Parti a émis son célèbre décret sur la création de sociétés d’actionnaires et de sociétés à responsabilité limitée. C’est-à-dire que l’URSS, à ce moment-là, a tenté d’emprunter ce qu’on appelle aujourd’hui la « voie chinoise », qui consiste à construire le capitalisme sous la direction du parti communiste. Mais comme vous le savez, ça n’a pas duré longtemps, puisque seulement un an plus tard, c’était la fin du pays. Mais tout de même, au cours de cette année, nous avons eu le temps de créer la petite entreprise Tavrida Electric, qui s’est ensuite transformée en un grand groupe industriel.

Prodvijenie : Avez-vous été confronté, dans votre vie d’homme d’affaires, à la trahison de la part de partenaires, à des pressions, à des tentatives – surtout dans les années 1990 – d’OPA ou à d’autres méthodes violentes ? Ou bien Dieu vous a-t-il préservé de tout ça ?

A.T. : Non, évidemment, il ne m’a rien épargné. Je n’ai pas été confronté aux tentatives d’OPA brutales des années 1990, simplement parce que personne ne comprenait réellement qui nous étions et ce que nous fabriquions. Nous ne pompions pas du pétrole, vous comprenez… Mais par la suite, quand nous avons commencé de grossir un peu, là oui – nous avons eu affaire à ce genre de pratiques, y compris de la part de grandes holdings étrangères, et plus d’une fois.

Les « pièges » des partenaires, nous avons connu aussi, évidemment, et ces moments où vous vous retrouvez sans rien, où vous perdez tout votre argent… ça nous est arrivé trois fois, dans les années 1990 ! Quand je vous dis tout, c’est tout – on s’est retrouvé à « zéro ».

Il faut dire qu’à l’époque, les banques sautaient toutes les unes après les autres. Mais à chaque fois, on a réussi à s’en sortir, allez savoir comment. Pourtant, aujourd’hui encore, je suis fier, au cours de toute ma carrière de directeur général, de ne jamais avoir retenu plus de dix jours les salaires de mes collaborateurs. Pas une fois de toutes les années 1990, malgré toutes les crises…

Prodvijenie : Qu’est-ce qui vous a aidé, dans toutes ces situations critiques, quand le sol s’effondrait sous vos pieds, à ne pas flancher ?

A.T. : Je n’ai jamais même admis l’idée que nous puissions nous éloigner de notre ligne directrice. A l’époque, beaucoup ont laissé tomber leur métier pour se lancer dans un peu tout et n’importe quoi : les uns allaient chercher des fringues en Turquie, d’autres essayaient d’émigrer… Mais nous, nous sommes restés dans notre métier.

Quelle que soit la situation dans laquelle vous vous retrouvez, il faut faire fonctionner sa tête, ne compter que sur soi, d’autant que les marchés les plus prometteurs, ce sont tout de même les pays des BRICS. J’ai travaillé toute ma vie dans le secteur énergétique, j’ai vu la façon dont l’Europe est en train de s’éteindre en la matière, comment elle devient un marché de moins en moins intéressant, dicte de moins en moins l’ordre du jour technique et technologique.

Les plus vastes perspectives, pour les années à venir, sont incontestablement liées à l’Asie – qu’on le veuille ou non. Nous sommes libres de coopérer avec les pays de ce continent, personne ne nous en empêche – mais c’est à nous tous d’intensifier ces liens, pas seulement aux autorités.

À ce propos, la position de beaucoup de nos compatriotes, qui consiste à dire : « Nous vous avons élus, maintenant, garantissez-nous le bonheur », me rappelle un peu l’école maternelle, la petite section. Je ne partage pas cette position, elle m’est antipathique. Personnellement, je suis habitué, dans la vie, à ne jamais compter sur le pouvoir et à faire en sorte d’obtenir seul ce dont j’ai besoin, ce qui m’intéresse. Sans l’aide d’une quelconque autorité, simplement dans le cadre des règles du jeu établies.

Pour revenir à Tavrida Electric, le site de l’usine à Sébastopol a aujourd’hui un parc, avec des écureuils qui se baladent dans les arbres, un stade de football, la meilleure pelouse de toute la ville. Je surveille tout ça de près, évidemment : j’ai donné toute ma vie à cette entreprise, et vous croyez que je ne vais pas suivre ce qui s’y passe aujourd’hui, même alors que j’ai quitté les affaires ?!

Nous avions commencé dans un entresol, à l’époque, dans les années 1990 : nous étions huit à la fondation de Tavrida Electric. Nous occupions 60 mètres carrés, loués dans l’entresol d’un immeuble résidentiel, dans l’ancienne salle des chaudières. Le capital était de 12 000 dollars, donnés par l’usine moscovite Electrochit, parce que les simples ingénieurs soviétiques que nous étions ne disposaient pas de sommes aussi colossales, mais que nous apportions en échange nos capacités intellectuelles. C’étaient nos 51 %, et peu de temps après, nous avons pu racheter à l’autre usine ses 51 %.

Il a fallu travailler énormément, mais j’avais un objectif : ne pas perdre de temps. Peut-être cela me vient-il de mes parents, peut-être cela tient-il à ma personnalité… je n’en sais rien. En tout cas, pendant peut-être 10 ou 15 ans, je n’ai pas pris une seule fois des vacances.

Ensuite, oui, après mon deuxième mariage, j’ai commencé à partir une semaine par an. Mais jusqu’aujourd’hui, je n’ai jamais passé plus d’une semaine sans travailler. J’ai l’impression de perdre mon temps si je reste, disons, assis à regarder un film idiot. À quoi ça sert ? J’ai simplement eu énormément de chance, j’ai eu jusqu’à présent une vie très intéressante, Dieu merci. J’ai commencé à travailler en mai 1982, et depuis lors, je n’ai toujours fait que ce qui m’intéresse. À l’exception de l’année et demie écoulée, en fait.

Prodvijenie : Aujourd’hui, vous n’êtes plus un homme d’affaires, mais un politicien. Que pensez-vous de la politique – j’entends sur le plan personnel, humain ?

A.T. : Ça ne me plaît pas. Je ne me suis absolument jamais intéressé à la politique. Je ne me suis pas engagé en politique, mais dans la libération de Sébastopol, et dans des circonstances très différentes du contexte actuel, que tous connaissent bien. J’avais des buts très clairs : conduire Sébastopol en Russie. Ces buts ont été atteints, puis il y a eu des conséquences, et j’ai dû faire des choses, mais c’était déjà très différent, ce n’était absolument pas lié à de quelconques pensées ou plans stratégiques.

Prodvijenie : Vous avez toujours voulu, personnellement, que Sébastopol fasse partie de la Russie ?

A.T. : Vous savez, je ne suis pas tout jeune. Quand l’année 1991 est arrivée, j’étais déjà adulte. J’avais 30 ans, ma personnalité était déjà formée. Je n’ai jamais été un citoyen d’Ukraine, j’ai été citoyen soviétique, et ensuite, citoyen russe. J’ai toujours considéré qu’il s’agissait d’une funeste erreur historique, d’un malentendu, que Sébastopol avait échappé à la Russie au gré d’une intrigue politique. Votre question même ne me paraît pas tout à fait correcte.

Prodvijenie : Vous avez tout de même risqué gros, vous avez risqué votre entreprise et votre vie, la vie de vos proches…

A.T. : Je pense que je serais parvenu à sortir mes proches de là s’il avait fallu, du moins, j’aurais essayé de le faire.

Prodvijenie : Tout le monde n’est pas prêt à se lancer dans une telle entreprise… vous avez tout misé. Vous en aviez tellement envie ? Pour qui – pour tous ?

A.T. : Et pour moi y compris. Pour la vérité, pour l’histoire, pour la ville. Dans des moments comme ça, il faut savoir où l’on marche, sur quelles pierres, pour comprendre. En 1942, pendant le siège de Sébastopol, des hommes sont tombés ici même (il montre le mur de la mémoire, sur le monument de la 35e batterie côtière, auprès duquel se déroule l’interview), des dizaines de milliers d’hommes – et pourquoi ? Pour qu’ensuite, ces listes soient descellées du mur et réécrites en ukrainien ? Et leur situation, alors, était autrement difficile que la nôtre aujourd’hui. Et puis, c’étaient des jeunes, ils n’avaient pas mes 50 ans, je suis un homme mûr, j’ai obtenu déjà beaucoup de la vie. Eux, ils avaient 20 ans en moyenne, à peu de choses près.

Prodvijenie : Et qu’en a pensé votre famille ? Ont-ils compris ?

A.T. : Oui. Et aussi bien ma femme que ma fille. Même ma fille de sept ans.

Prodvijenie : Quel est le principal bilan de la première année au sein de la Russie, selon vous ?

A.T. : Pour moi ou pour Sébastopol ? Personnellement, l’année 2014 a été la plus productive de ma vie, un projet incroyable, et dans la réalisation duquel je ne croyais pas réellement moi-même, pour tout dire. Je parle du retour de Sébastopol en Russie. La ville, grâce à Dieu, a accompli un bond historique gigantesque, que seuls nos descendants seront en mesure d’apprécier.

2015, en revanche, a probablement été l’année la plus stupide, la plus inutile de ma vie. Parce que je ne peux m’attribuer le mérite d’absolument aucune création, aucune réalisation. Je suis habitué à tirer mon inspiration d’accomplissements concrets, mais actuellement, nous n’en avons presque aucun, pas de réalisations. Nous avons fait certains pas, franchi des étapes intermédiaires, mais les étapes intermédiaires, ce n’est pas une source d’inspiration.

Prodvijenie : Parlons de votre travail actuel : quel est le pouvoir réel de l’assemblée législative (Tchaly la préside depuis septembre 2014, ndlr), et quel est le degré de qualification des députés ?

A.T. : Ils sont suffisamment qualifiés. Mais pas assez, évidemment, pour élaborer de façon professionnelle des lois complexes, des lois de développement, par exemple. Mais où auriez-vous voulu qu’on les trouve, ces députés professionnels ?!

Comprenez, en Ukraine, Sébastopol avait un statut de région ukrainienne isolée. Son conseil municipal n’a jamais promulgué de lois régionales. La Russie, c’est différent, c’est une fédération. Personne, ici, n’avait l’expérience d’un tel système, nous ne pouvions pas inventer des gens. Donc, ces fonctions ont été assumées par des locaux, mais ce sont des gens très intelligents, qui font un maximum d’efforts.

La majeure partie d’entre eux sont des gens d’honneur. Rendez-vous compte : près de 100 lois ont été promulguées en une seule année, vous imaginez ?! Bien sûr, j’entends dire que beaucoup d’entre elles ont été simplement copiées sur les lois d’autres sujets de la Fédération, mais il a bien fallu que nous nous les appropriions. Et c’est ce travail qu’ont accompli les députés.

Mais quant aux lois complexes, qui doivent contribuer au développement accéléré de notre économie, les députés ne sont clairement pas prêts, aujourd’hui, à les élaborer ni à les promulguer. C’est pour ça que je fais venir des groupes d’expertise, et sachez-le : ce sont les meilleurs de Russie. Il faut savoir que toutes les régions de Russie ne se retrouvent pas à devoir élaborer des lois de ce type, aussi complexes, et je dirais même qu’elles sont très peu à le faire.

Prodvijenie : On dit souvent que le pouvoir enivre… Ressentez-vous ce phénomène personnellement, ou peut-être chez certains de vos collègues, que les grands changements récents ont propulsés au sommet ?

A.T. : C’est un cliché qui, dans mon cas, n’a pas le moindre rapport avec la réalité. Le pouvoir enivre peut-être ceux qui sont incapables d’obtenir des choses par eux-mêmes. Mais désolé, je ne relève pas de cette catégorie.

J’ai fait trois carrières dans ma vie, et plutôt réussies. À l’issue de la première, ma carrière de scientifique, je me suis retrouvé parmi les 10 ou 15 meilleurs chercheurs dans leur spécialité du pays, j’étais un des auteurs les plus cités dans mon domaine. Ingénieur, j’ai fini dans les trois ou cinq spécialistes capables de parler de cette technologie dans le monde. Ma carrière d’entrepreneur n’a pas non plus été parmi les plus mauvaises, avec une société qui a été déclarée meilleure entreprise de Russie… Que voudriez-vous que je fasse de la politique, dès lors, et d’autant plus de l’ivresse ? Ivresse de quoi ?!

Jouir du respect de gens intelligents est toujours satisfaisant, et j’ai connu ce sentiment au sein de mon entreprise. Sachant qu’il s’agissait d’un système ouvert, où chacun des ingénieurs avait autant de poids et d’importance que le directeur général, où ce dernier n’avait aucun avantage lors des débats, et où, dès qu’un subordonné pouvait mettre le directeur dans une situation inconfortable, il le faisait. Nous avons tous été élevés dans cette atmosphère, et quand vous êtes directeur, vous devez tenir bon.

Être habitué à fonctionner dans un tel système, dans une concurrence permanente avec des gens qui ont 30 ans de moins que vous, et qui vous respectent parce que vous êtes un professionnel, et pas parce que, sous prétexte que vous êtes le chef, vous avez toujours raison (même si vous avez la plupart du temps raison), ça n’a rien à voir avec les hiérarchies classiques, arbitraires. C’est un ressenti extrêmement différent, à une autre échelle. Et donc, sur ce plan, je ne pourrais rien obtenir de plus en politique – au contraire, je ne peux y gagner que des chaînes.

Prodvijenie : Que pensez-vous de la critique ? Et de la critique massive ?

A.T. : Quand la critique est fondée, qu’elle a du contenu et du sens, quand elle propose des alternatives et émane de gens intelligents, je l’ai toujours trouvée intéressante à entendre, à prendre en compte pour en retirer quelque chose.

C’est comme quand on crée une entreprise : on regarde toujours ce que font les concurrents pour voir ce qu’ils ont fait d’intéressant, ce à quoi vous n’aviez peut-être pas pensé. Bien sûr, en essayant d’abord d’y penser soi-même. Mais la critique de ce type est très rare. Et sinon, il y a la critique assassine, qui intervient sur commande – celle-là, elle ne manque pas.

Prodvijenie : Vous concernant aussi ?

A.T. : Évidemment.

Prodvijenie : Et qui est le commanditaire ?

A.T. : Il faut des preuves pour avancer ce genre de choses. J’ai de sérieuses présomptions, mais je n’affirmerai rien. Je dérange beaucoup de gens ici, des gens qui avaient obtenu des positions, et qui ont désormais été écartés du pouvoir, ce qui est évidemment, pour eux, une situation très désagréable.

Prodvijenie : À lire les médias, vous semblez être votre premier critique…

A.T. : Une relation critique à soi-même est simplement le signe de l’existence du cerveau. À mon humble avis. Et évidemment, on peut le formuler à l’inverse.

Prodvijenie : Le pouvoir exécutif est-il une future option possible ? Vous pourriez y faire encore plus de choses…

A.T. : Peut-être. Franchement, je n’aspirais pas à diriger la ville…

Prodvijenie : Vous avez déclaré n’être, au pouvoir, qu’un « passager en transit »…

A.T. : Nous sommes tous des passagers en transit ici-bas. Et pas seulement au pouvoir.

Élu gouverneur en avril 2014, Alexeï Tchaly a préféré céder le poste au vice-amiral Sergueï Meniaïlo, expliquant ce choix par sa volonté de se concentrer sur le développement stratégique de la ville, au sein d’une agence étatique spécialement créée à ces fins. Mais il a rapidement déchanté. La confiance ne s’est pas établie entre lui et Meniaïlo, leurs visions sur l’avenir de Sébastopol se sont révélées totalement différentes. En septembre 2014, Tchaly est revenu au pouvoir, remportant les législatives à Sébastopol à la tête d’une liste du parti Russie Unie. Il est aujourd’hui président du parlement.

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