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LE BLANC ET LE NOIR

LE BLANC ET LE NOIR

Dans la vie rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Ni droite / Ni gauche / Ni extrémismes mais résolument Contre le Système totalitaire marchand


Le dragon et le chevalier

Publié par Leblancetlenoir sur 28 Janvier 2016, 23:58pm

Catégories : #RUSSIE, #IMPERIALISME AMERICAIN, #EUROPE

Le dragon et le chevalier

Les États-Unis désignent la Russie comme étant la principale menace pesant sur l’Europe et se positionnent comme son protecteur naturel – et unique.

Le Commandement des forces des États-Unis en Europe (EUCOM) a publié mercredi 27 janvier sa nouvelle stratégie militaire. Parmi les six missions énumérées, la première – et la plus importante – est l’« endiguement de l’agression russe ». « Le fait que la Russie participe à la lutte contre le terrorisme et le trafic de stupéfiants ne peut occulter le mépris dont elle fait preuve pour la souveraineté de ses voisins européens et les normes internationales, qu’elle continue de transgresser, lit-on dans le document. La Russie lance un défi à nos alliés et partenaires dans différentes régions du monde, c’est un problème global qui nécessite une réaction globale. »

On ne saurait être plus clair. Les États-Unis désignent la Russie comme étant la principale menace pesant sur l’Europe et se positionnent comme son protecteur naturel – et unique. La vérité est construite, la mise en scène ordonnée. Les spectateurs n’ont plus qu’à croire ce qui se passe sur scène. On ne leur demande surtout pas de réfléchir ni d’interroger.

Les personnages sont définis, impossible de prendre un méchant pour un gentil. Le dragon effrayant est, sans aucun doute possible, la Russie. La princesse attaquée, c’est l’Ukraine ; la reine menacée, l’Europe. Et le chevalier intrépide venu prendre leur défense ne peut être qu’américain.

Ce spectacle se joue quotidiennement sur vos écrans de télévision et dans les pages de vos journaux. Vous le suivez tel un feuilleton. Les personnages vous sont familiers, et vous devinez la fin dès le début de l’épisode. Vous commencez même par vous en lasser, mais les producteurs, Dieu sait pourquoi, continuent de diffuser chaque soir un nouvel épisode, et la saison 11 vient immanquablement après la saison 10.

Dociles, vous suivez les événements : vous compatissez avec la princesse, craignez pour la reine, détestez le dragon et encouragez le chevalier. Vos émotions sont aussi simples et prévisibles que le contenu du spectacle et la psychologie des personnages. Vous n’éprouvez nul besoin de sonder leurs âmes, deviner leurs arrière-pensées, comprendre leurs motifs. Vous avez préféré le spectacle de foire au roman russe.

Ici, rien n’est complexe, tout est univoque. La réalité est soigneusement décortiquée, bien cuite et joliment servie. Il ne vous reste qu’à l’engloutir. Dernier épisode en date : le juge britannique Robert Owen affirme être certain que l’espion du MI6 Alexandre Litvinenko a été empoisonné par les services secrets russes.

« Le meurtre a peut-être été approuvé par Vladimir Poutine », poursuit son rapport. À cette minute, la plupart des spectateurs quittent la salle, persuadés d’avoir compris l’essentiel. Poutine est un dragon, il est méchant, c’est forcément lui l’assassin, se disent-ils, et les grands titres de la presse nationale viennent rapidement les conforter : « Vous avez tout compris ! »

Certains demandent toutefois des preuves… Il n’y en a pas, leur dit-on : les enquêteurs se sont appuyés sur des documents secrets du gouvernement britannique, qui ne peuvent être rendus publics. Mais puisque le juge vous dit qu’il est certain, que vous faut-il de plus ? Les plus incrédules et les plus tenaces, à force de s’informer, se rendent compte que, bien que le juge soit « certain », le procès qu’il était censé mener n’a jamais eu lieu.

Les parties n’ont pas été entendues, les avocats n’ont pas été désignés, aucune accusation formelle n’a été prononcée, aucun verdict rendu. Le rapport de Robert Owen n’a pas la moindre valeur juridique, et son auteur en est parfaitement conscient. C’était quoi, alors ? Une mise en scène. Une énième de plus.

Le feuilleton continue, et Moscou est contrainte, après chaque épisode, de publier un nouveau communiqué de justification, encore et encore, perplexe, de plus en plus lasse. Non, la réalité n’est pas celle que l’on vous vend. Non, la Russie ne projette pas de conquérir l’Europe. Elle ne la menace même pas, en fait. Aux dernières nouvelles, il n’y avait pas de Russes parmi ceux qui ont tiré sur les Parisiens le 13 novembre dernier. En revanche, on les a vus faire la queue, les Russes, le lendemain de la tragédie, aux portes de l’ambassade de France à Moscou – fleurs et bougies dans les mains, larmes dans les yeux.

Et c’est ce peuple qui ne rêverait que d’arriver sur des chars à Paris… ? Le spectacle que vous gobez chaque jour ne vous conte qu’une partie de l’histoire. Vous ne le savez peut-être pas mais, quand la reine et le chevalier ont le dos tourné, la princesse bombarde ceux de ses sujets qui ne veulent plus parler sa langue ni vivre dans son royaume. Ceux-là même qui veulent voir leur terre rattachée au royaume du dragon – qui, lui, parle leur langue et partage leurs notions du bien et du mal. Car pour ces sujets de la princesse, le « dragon » est le chevalier. Seul apte à les comprendre et à les protéger.

Pour ces Russes du Donbass – car c’est bien d’eux qu’il s’agit et c’est leur protection, quelque faible et incertaine qu’elle puisse être, que le Pentagone qualifie d’« agression russe » –, la « princesse » n’est pas mère mais marâtre. Et celui qui se présente comme un chevalier est le véritable dragon.

Non, la Russie ne méprise pas la souveraineté de ses États voisins : simplement, quand un de ces voisins décide de persécuter ceux de ses citoyens qui ont le malheur d’être russes et de vouloir le rester, elle s’efforce de protéger ces derniers.

On l’oublie un peu trop souvent, mais les Russes sont aujourd’hui le peuple le plus divisé au monde. Et, malheureusement, leur sort n’intéresse personne à part eux-mêmes, et inquiète encore moins. Depuis plus de deux décennies, les droits des Russes sont bafoués dans les pays baltes et en Ukraine.

Dans les années 1990, les Russes du Tadjikistan ont dû fuir en masse des pogroms. En Estonie et en Lettonie, les Russes ont été déclarés non-citoyens et privés des droits civils les plus élémentaires. En Ukraine, où les Russes vivent depuis de longs siècles, ils ont été sommés d’oublier leur identité culturelle, renoncer à leur mémoire historique, réduire leur langue au strict usage domestique.

Dans la plupart des États de l’ex-URSS, les Russes ont subi des discriminations aujourd’hui impensables au sein de l’Union européenne. Et pourtant, l’UE et les États-Unis, quoique parfaitement conscients de ces actes, n’ont jamais voulu les condamner. Car finalement, ce ne sont que des Russes – et au fond, ils l’ont bien mérité.

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