Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LE BLANC ET LE NOIR

LE BLANC ET LE NOIR

Dans la vie rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Ni droite / Ni gauche / Ni extrémismes mais résolument Contre le Système totalitaire marchand


Chatoyante Saint-Pétersbourg

Publié par Leblancetlenoir sur 28 Avril 2016, 04:27am

Catégories : #CHATS, #RUSSIE

Chatoyante Saint-Pétersbourg

À tous les coins de rue, sur le pont des navires et dans les caves des musées, les chats sont partout à Saint-Pétersbourg. Vénérés et choyés, partie intégrante de l’histoire de la ville, ils nourrissent de nombreuses légendes. Le Courrier de Russie a enquêté sur ce félin devenu, au fil du temps, l’animal sacré des Pétersbourgeois.

« On dit que, la nuit, les employés de l’Ermitage les lâchent dans les salles du musée pour chasser les souris », me confie un habitant de Saint-Pétersbourg, avec qui je papote dans la queue pour le palais d’Hiver. « Ils seraient plus de mille chats à vivre dans les sous-sols », enchaîne son voisin, originaire d’Ekaterinbourg, qui trépigne d’impatience à l’idée de pénétrer dans le plus grand musée du monde. « Moi, je n’en ai jamais entendu parler », avoue Vladimir, originaire de Moscou. « Une chose est sûre, les chats de l’Ermitage existent ! », insiste Irina, 75 ans, en arborant des cartes postales largement retouchées de félins se baladant dans les salles du musée.

Rares sont ceux qui ont réellement vu les chats de l’Ermitage. Pourtant, les animaux possèdent leur site internet, et même leur propre attachée de presse. Depuis vingt ans, Maria Khaltounen s’occupe du bien-être et de l’image extérieure des chats du musée. « On en raconte, des histoires sur les chats de l’Ermitage… Et elles sont riches, mais souvent très romancées », m’explique d’emblée la jeune femme lorsque j’arrive dans son bureau, situé dans le théâtre de l’Ermitage, qui jouxte le palais d’Hiver.

L’attachée de presse – et accessoirement assistante de direction – raconte que, selon la légende, Pierre le Grand aurait offert refuge à un gros chat ramené des Pays-Bas dans ce qu’était alors le palais d’Hiver : un énorme bâtiment en bois. Les livres d’Histoire n’évoquent toutefois la présence de chats dans l’Ermitage qu’à partir de 1745, suite à un décret de l’impératrice Élisabeth Petrovna. La tsarine y ordonne que l’on fasse venir une trentaine de félins de Kazan pour arrêter l’invasion de souris et de rats dans le palais. « Elle avait choisi les chats de Kazan parce qu’ils étaient particulièrement résistants et vivaces », précise Maria.

Sous l’impératrice Catherine II, qui fonda le musée de l’Ermitage en 1764, les chats ont acquis le statut de « gardes du palais », divisés entre ceux « d’intérieur », qui veillaient sur les trésors, et ceux « de jardin », qui chassaient les rongeurs. « On dit encore que les chats d’intérieur de Catherine étaient de race pure – ceux que l’on appelle aujourd’hui les bleus russes », ajoute Maria.

Les félins ont survécu à plusieurs conflits, continuant à travailler pour l’Ermitage pendant la guerre contre Napoléon en 1812 et la révolution russe de 1917. Mais le siège de 872 jours de Léningrad par la Wehrmacht, du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, a eu raison des pensionnaires à quatre pattes du musée. « Les générations de chats impériaux, de Catherine II à Nicolas II, prennent fin avec le blocus », poursuit Maria. Ceux qui ont échappé aux bombardements ont été mangés par la population, qui mourait de faim. « Il n’en restait plus un seul, et les souris ont fait leur grand retour à Saint-Pétersbourg », enchaîne l’attachée de presse.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bolchéviques, à l’image de la tsarine Élisabeth à l’époque, décident de faire revenir des chats pour lutter contre les souris et rats qui ravagent Saint-Pétersbourg. Des wagons entiers de félins originaires du centre et du nord du pays débarquent alors en ville, près de 5 000 animaux à leur bord. « Une partie de ces chats a été affectée à l’Ermitage et vit depuis dans les sous-sols du musée », conclut Maria, avant de m’inviter à descendre une flopée d’escaliers vertigineux dont l’entrée se cache au fond du théâtre.

Chez les chats de l’Ermitage

Après avoir descendu trois volées d’escaliers, parcouru deux couloirs sombres et franchi près de cinq portes, nous nous retrouvons sous le palais d’Hiver. « Attention la tête, et regardez où vous mettez les pieds ! », me met en garde Maria, en poussant une dernière lourde porte en bois. Là, une ribambelle de pelages de couleurs différentes s’étend sous mes yeux : un vieux chat roux dort sur une conduite de gaz pendant que deux autres, blancs, se disputent une pelote de laine et qu’un gros matou noir mange paisiblement quelques croquettes dans un coin. Au centre, Zoya, gardienne de félins depuis quatre ans, s’occupe avec le sourire des 79 animaux qu’abritent actuellement les sous-sols du musée.

« Les gens pensent que les chats de l’Ermitage vivent en groupe mais, en réalité, les sous-sols s’étendant sur plus de 18 kilomètres, ils sont dispersés. Ils ont chacun leurs lieux de vie de prédilection », indique Zoya, qui parcourt les caves à longueur de journée pour déposer de la nourriture, changer les litières et vérifier l’état de santé des félins.

Certains animaux vivent également dans les cages d’escaliers, sur les radiateurs et les appuis de fenêtre. « Ils se baladent librement dans les sous-sols et les parties de l’Ermitage réservées au personnel, dont la cour, où les employés se reposent », poursuit la gardienne de félins en chef. Seule interdiction : ils n’ont pas le droit de quitter le territoire du musée ni de s’aventurer dans les salles réservées aux visiteurs.

« Les chats de l’Ermitage sont aujourd’hui davantage des pensionnaires que de véritables gardiens des trésors, comme à l’époque impériale », reprend Maria, expliquant que les services des félins ne sont plus nécessaires depuis que les souris ont totalement disparu du musée.

Pour l’assistante de direction, chasser les chats de l’Ermitage serait toutefois impensable, car « ils font partie de l’âme de Saint-Pétersbourg ». « À travers leur histoire, chacun des habitants de la ville revit la sienne propre », analyse l’attachée de presse des chats, pour qui ces pensionnaires de l’Ermitage sont tout aussi précieux que n’importe quelle œuvre d’art des collections.

« Il y a vingt ans, les chats étaient laissés pour compte et ne pouvaient compter que sur quelques employés pour s’occuper d’eux », se rappelle Maria, qui récoltait alors elle-même de l’argent auprès de ses collègues via un programme qu’elle avait baptisé « Un rouble pour les chats ».

Aujourd’hui, les félins possèdent un compte bancaire indépendant de celui du musée, sur lequel sont versés tous les fonds récoltés pour leur entretien. Plusieurs associations financent les animaux, tels l’organisme de bienfaisance allemand Animal Pro, qui leur achète de la nourriture et des médicaments, ou Royal Canin, qui offre des sacs de litière et des paniers.

« De nombreux particuliers viennent également déposer régulièrement des enveloppes pour nos chats », poursuit fièrement Maria, en me montrant un registre où figurent tous les noms de ces généreux donateurs. « Le musée n’intervient d’aucune façon », insiste l’attachée de presse.

Avec le temps, le musée s’efforce de faire de ses pensionnaires une marque de fabrique, notamment avec l’organisation de la Journée annuelle des chats de l’Ermitage, lancée en 1998. Chaque année, généralement au mois de mai ou juin, les employés du musée offrent ainsi la possibilité à un groupe d’enfants, sélectionnés via un concours de dessins, de rendre visite aux félins. L’Ermitage expose ensuite les travaux des enfants dans ses salles. « C’est la seule fois de l’année où des visiteurs peuvent venir voir nos pensionnaires », souligne Maria, expliquant que l’environnement dans lequel vivent les animaux n’est pas adapté pour organiser des excursions.

La plupart des chats de l’Ermitage sont castrés, sauf quelques-uns, censés assurer la reproduction du groupe. Officiellement, les félins sont au nombre de cinquante, même si Maria avoue qu’ils sont légèrement plus nombreux. « Le directeur du musée, Mikhaïl Piotrovski, a imposé un plafond, que nous n’avons pas le droit de dépasser », indique-t-elle.

Pour respecter ce seuil, le musée propose toute l’année aux Pétersbourgeois amoureux des félins d’adopter un chat du musée. Soucieux de l’avenir de leurs pupilles, les employés de l’Ermitage sont toutefois stricts dans leur sélection des propriétaires potentiels. La priorité est donnée aux couples, et les familles vivant en appartement communautaire sont exclues.

Si le nouveau propriétaire répond à tous les critères, il reçoit son chat et un certificat de possession d’un chat de l’Ermitage, qui lui permet aussi de visiter le musée gratuitement.

Quand les chats font la loi

Aujourd’hui, certains chats de l’Ermitage vivent même dans leur propre « république ». Ouvert en 2011 à deux pas de la Cathédrale Saint-Isaac par la vétérinaire Anna Kondriatieva, qui soigne les pensionnaires de l’Ermitage depuis 14 ans, ce refuge alternatif recueille tous les chats errants de la ville et propose à ceux qui le souhaitent de passer un moment avec les animaux.

Mais ici aussi, les règles sont strictes, et les citoyens souhaitant pénétrer au pays des félins doivent déposer une demande de « visa » précisant leurs nom, prénom et âge « en années chat » (âge humain divisé par sept). « Lavez-vous les mains, enfilez les chaussons qui sont là et rejoignez-moi devant le bureau du consulat », indique aux visiteurs Ekaterina, 26 ans, chargée de l’accueil des humains en République des chats. Une fois les frais consulaires (entre 300 et 500 roubles) réglés, les touristes pénètrent dans un café, puis dans une large armoire en bois dont le fond dissimule la porte d’entrée de la république.

Là, sur un territoire d’une cinquantaine de mètres carrés, une vingtaine de gracieux félins se baladent, jouent avec des pelotes de laine, ronronnent et dorment. Habitués au manège, ils bougent à peine la tête à l’arrivée de visiteurs. Au royaume de la croquette, le chat règne en maître : « Nous ne sommes que des invités au sein de la république », insiste Ekaterina, qui demande à tous les étrangers de s’occuper des résidents avec douceur.

Comme toute république digne de ce nom, celle des chats a son président. Jean-Baptiste Vallin de La Mothe – du nom de l’architecte français qui œuvra à Saint-Pétersbourg –, ancien pensionnaire de l’Ermitage et actuel chef de la république, le poil blanc et soyeux, profite de l’attention des visiteurs pour parader et réclamer des croquettes.

Enthousiastes et affectueux, les visiteurs se prennent au jeu, caressant les félins et jouant avec eux. « Je ne ferai jamais de mal à un chat ! », lance Irina, une Pétersbourgeoise qui partage son temps – et son argent – entre ses trois félins domestiques et leurs frères vagabonds. « Je veille tous les jours à ce que les chats errants de mon quartier aient de quoi boire et manger », précise-t-elle fièrement.

Et elle n’est pas la seule. Ici, de nombreux citadins prennent soin des chats des rues. « Souvent, les gens en font autant pour les chats errants que pour ceux qu’ils ont chez eux », explique Ekaterina, qui estime que le chat est devenu « un animal sacré » à Saint-Pétersbourg.

Pour l’employée de la République, les espaces dédiés aux chats ailleurs dans le monde, tels les « bars à chats » qui ont essaimé sur la planète depuis le Japon, sont de simples curiosités touristiques. « Alors que chez nous, la république des chats de Saint-Pétersbourg est un lieu de culte ! », insiste la jeune femme.

Monument vivant

La ville porte en elle les traces de cette adoration que ses habitants vouent aux chats. Une vingtaine de monuments et sculptures à l’effigie du félin se cachent dans ses cours, au détour de ses allées ou sur ses appuis de fenêtre. Le plus célèbre est sans doute le monument à Elisseï et Vasilissa. Sur la corniche du bâtiment de l’épicerie Elisseïev, rue Malaïa Sadovaïa, Elisseï, assis, contemple, un peu plus bas, son amie Vasilissa. La légende veut que les deux chats aient contribué à sauver Saint-Pétersbourg de l’invasion des souris après la Seconde Guerre mondiale.

Parmi les chats légendaires de Saint-Pétersbourg, certains sont encore vivants. Leurs histoires continuent d’être contées par une poignée de Pétersbourgeois ailurophiles, comme Irina Malinina, qui s’occupe depuis près de dix ans de Kouzma, ancien pensionnaire du brise-glace Krassine.

Construit en 1916, le Krassine a servi sous l’Union soviétique avant de devenir, à la fin des années 1980, un bateau-musée. En mars 2006, un guide du Krassine a aperçu un petit chaton noir à la dérive sur un bloc de glace de la Neva. Les employés du brise-glace ont alors réalisé une véritable opération de sauvetage, à l’aide de cordes, pour lui venir en aide. Tiré d’affaire, le chaton – baptisé Kouzma – n’a plus quitté le navire, devenant la mascotte du personnel – jusqu’à sa retraite chez Irina, ancienne employée du bateau-musée.

Mais Kouzma n’est pas le premier pensionnaire du Krassine. Peu après l’arrivée du chaton sur le navire, les employés ont retrouvé, dans les archives, une photographie du brise-glace prise à Vladivostok, en 1949 : on y voit un marin poser avec un chat noir dans les bras. « Qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Kouzma ! », précise Irina.

Sur un film tourné à bord du Krassine pendant l’expédition d’Umberto Nobile en 1928, un chat noir, qui ressemble aussi à Kouzma, apparaît à l’écran. « Coïncidence ? Je ne crois pas ! », lance Irina, amusée, ajoutant que Kouzma apparaît ainsi au moins trois fois sur le Krassine entre 1916 et 2016. Les fameuses sept vies du félin, sans aucun doute…

Le brise-glace Krassine a d’ailleurs été construit en Angleterre, où les marins considèrent que les chats noirs portent bonheur. « Kouzma est donc devenu le symbole de ce navire sur lequel il a veillé, et une partie du musée lui est désormais dédiée », précise Irina. Kouzma coule aujourd’hui des jours paisibles dans un appartement communautaire de la banlieue de Saint-Pétersbourg : un repos bien mérité après près de cent ans de bons et loyaux services.

http://www.lecourrierderussie.com/societe/2016/04/chat-chatoyante-saint-petersbourg/?utm_source=Le+Courrier+de+Russie+-+Newsletter&utm_campaign=482fa2b2cb-edition_26_044_26_2016&utm_medium=email&utm_term=0_76a16a0a15-482fa2b2cb-167735925

Les chats de l’Ermitage sont aujourd’hui davantage des pensionnaires que de véritables gardiens des trésors du musée.

Les chats de l’Ermitage sont aujourd’hui davantage des pensionnaires que de véritables gardiens des trésors du musée.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents