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LE BLANC ET LE NOIR

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Dans la vie rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Ni droite / Ni gauche / Ni extrémismes mais résolument Contre le Système totalitaire marchand


Une victoire de Clinton signifierait-elle plus de guerres ? Par Robert Parry

Publié par Leblancetlenoir sur 6 Juin 2016, 19:48pm

Catégories : #ETATS UNIS, #AMERIQUE, #ISRAEL

L’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton prenant la parole au cours d’une conférence de l’American Israel Public Affairs Committee à Washington D.C. le 21 mars 2016.
L’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton prenant la parole au cours d’une conférence de l’American Israel Public Affairs Committee à Washington D.C. le 21 mars 2016.

Reportage spécial : Des néoconservateurs perspicaces voient en Clinton leur cheval de Troie pour être remis en selle à la Maison-Blanche par les électeurs démocrates, et ceci soulève la question posée par Robert Parry : est-ce que Clinton comme quarante-cinquième président ne signifierait pas plus de guerres ?

Par Robert Parry

Les instances du parti démocrate semblent déterminées à soutenir la campagne sans envergure d’Hillary Clinton jusqu’à la ligne d’arrivée de sa course avec Bernie Sanders, et comptent sur les divisions des Républicains pour lui ouvrir la route à la Maison Blanche. Mais – si elle arrive jusque-là – le monde devra retenir son souffle.

Si Clinton devient présidente, elle sera entourée par une équipe de néoconservateurs exerçant le contrôle sur la diplomatie américaine, qui lui imposera de reprendre ses stratégies de “changement de régimes” au Moyen-Orient et d’intensifier sa nouvelle et dangereuse “guerre froide” vis-à-vis de la Russie.

Si Bachar el-Assad est encore président de la Syrie, on exigera qu’elle lui donne le coup de grâce final ; il y aura également des pressions pour qu’elle augmente les sanctions contre l’Iran afin de pousser Téhéran à abandonner l’accord nucléaire ; il y a déjà des appels pour un plus large déploiement de troupes américaines à la frontière russe et pour une intégration de l’Ukraine dans la structure militaire de l’OTAN.

Hillary Clinton, quarante-cinquième président, devra entendre les argumentaires habiles justifiant ces mesures, la rhétorique opposant systématiquement la virilité à la féminité et la propagande pleurnicharde sur les ennemis diaboliques sortant les bébés des incubateurs, donnant du Viagra aux soldats pour qu’ils violent plus de femmes et commettant d’horribles crimes (certains bien réels, mais beaucoup imaginaires) sur des innocents sans défense.

Est-ce que quelqu’un pense qu’Hillary Clinton possède la sagesse de résister à ces chants de sirènes guerriers, même si elle y est prédisposée ?

Le président Barack Obama qui – malgré toutes ses fautes – possède une intelligence plus profonde et plus subtile que celle d’Hillary Clinton, s’est trouvé lui-même si accablé par ces pressions venant de la stratégie militariste de Washington qu’il s’est plaint de sa situation inconfortable auprès de Jeffrey Goldberg de The Atlantic, lui-même faucon néoconservateur.

La diplomatie de Washington est aujourd’hui si profondément aux mains des néoconservateurs et de leurs comparses affiliés à la doctrine libérale la plus interventionniste, que l’actuel président ne pourrait sans doute trouver personne pour l’interviewer, excepté un néoconservateur, même s’il se plaignait du fait que la capitale américaine soit entre les mains de bellicistes.

Étant donné la toute-puissance des néoconservateurs sur la diplomatie américaine – particulièrement au sein de l’administration du département d’État, des grands médias et des think tanks importants – Clinton sera harcelée par des demandes et des projets “va-t-en guerre” émanant à la fois de l’extérieur de son administration et de son propre camp.

Déjà, des néoconservateurs influents, tel que Robert Kagan de la Brookings Institution, ne cachent pas qu’ils escomptent avoir une influence non négligeable sur la diplomatie de Clinton. Kagan, qui s’est repositionné lui-même comme un “libéral interventionniste”, offre son soutien à Clinton qui l’avait nommé au Conseil consultatif du département d’État.

On dit aussi à Washington que l’épouse néoconservatrice de Kagan, Victoria Nuland, secrétaire d’État adjointe pour l’Europe, une autre protégée de Clinton et l’architecte du “changement de régime” en Ukraine, serait en lice pour une haute fonction diplomatique dans l’administration Clinton.

Les néoconservateurs de retour aux manettes

A vrai dire, l’élection de Clinton signifie qu’une partie des personnes les plus dangereuses de la diplomatie américaine pourraient murmurer directement à ses oreilles leurs combines pour “toujours plus de guerre” – et son dossier montre qu’elle est parfaitement sensible à de tels conseils.

A chaque fois, en tant que sénatrice américaine et secrétaire d’État, Clinton a opté pour les solutions de “changement de régime” – de l’invasion de l’Irak en 2003 jusqu’au coup d’État au Honduras en 2009, à la guerre aérienne en Libye en 2011, à la guerre civile en Syrie depuis 2011 – ou bien elle s’est faite le chantre de l’escalade des conflits, comme en Afghanistan et en Iran, plutôt que de s’engager dans des négociations avec concessions mutuelles.

Parfois Obama a suivi cette ligne (le “sursaut” en Afghanistan, la guerre en Libye, l’affrontement contre le nucléaire iranien) mais parfois il n’a pas suivi cette ligne (désescalade en Afghanistan, finalement négociation de l’accord nucléaire avec l’Iran après le départ de Clinton, rejet d’un assaut militaire direct contre le gouvernement syrien, et travail de temps en temps avec les Russes sur l’Iran et la Syrie).

En d’autres termes, Obama a agi comme un frein à l’encontre de l’aventurisme belliqueux de Clinton. Avec Clinton comme présidente, il n’y aura plus de telles retenues. On peut s’attendre à ce qu’elle endosse de nombreux, si ce n’est tous, les cadres de pensée néoconservateurs aberrants, comme l’a fait George W. Bush quand ses conseillers néoconservateurs ont utilisé sa peur et sa fureur après le 11-Septembre pour le guider vers leur programme de “changement de régime” pour le Moyen-Orient.

Les néoconservateurs n’ont jamais abandonné leurs rêves de renverser les gouvernements moyen-orientaux qu’Israël a inscrits sur sa liste d’ennemis. L’Irak était seulement le premier. Les suivants furent la Syrie et l’Iran avec l’idée qu’en installant des dirigeants pro-israéliens dans ces pays, les ennemis frontaliers d’Israël – Hezbollah au Liban, Hamas et autres groupes militants palestiniens – pourraient être isolés et écrasés.

Après l’invasion de l’Irak par Bush en 2003, les néoconservateurs à Washington plaisantaient sur le choix du suivant, serait-ce l’Iran ou la Syrie, avec une maxime : “Pour les hommes, les vrais, c’est Téhéran !” Mais la guerre d’Irak n’a pas été la “promenade de santé” promise par les néoconservateurs. Au lieu de lancer des fleurs aux soldats américains, les Irakiens semèrent des bombes artisanales.

En réalité, beaucoup de “vrais hommes” et de “vraies femmes” – ainsi que de “vrais enfants” – sont morts en Irak, ainsi que presque 4500 soldats américains et des centaines de milliers d’irakiens.

Le calendrier néoconservateur en prit un coup, mais, à leur avis, uniquement en raison de l’incompétence de Bush dans le suivi en Irak. Si ce n’avait été cette occupation bâclée, les néoconservateurs pensaient qu’ils auraient pu continuer à faire chuter les autres régimes gênants, l’un après l’autre.

Professionnellement, les néoconservateurs échappèrent au désastre irakien largement indemnes et continuèrent à dominer les groupes de réflexion de Washington et les tribunes libres des principaux journaux américains comme le Washington Post et le New York Times. Jamais à la traîne, ils commencèrent à préparer des plans à long terme.

Une erreur d’Obama

Bien qu’ils aient perdu la Maison-Blanche en 2008, les néoconservateurs saisirent leur chance quand le président élu Obama fit le choix en matière de politique étrangère d’une “équipe de rivaux” en s’inspirant d’Abraham Lincoln. Au lieu d’aller chercher les “réalistes” de la politique étrangère marginalisés (et vieillissants) à Washington, Obama plongea sur le registre de l’establishment dominé par les néoconservateurs.

Obama recruta sa belliqueuse rivale démocrate, la sénatrice Hillary Clinton, au poste de secrétaire d’État et garda le secrétaire à la Défense de Bush, Robert Gates. Obama garda aussi la plupart des militaires du haut commandement mis en place par Bush, y compris le favori néoconservateur le général David Petraeus.

La stratégie de gestion naïve d’Obama laissa les néoconservateurs et leurs copains “libéraux interventionnistes” consolider leur contrôle bureaucratique sur la bureaucratie de la politique étrangère de Washington, bien que le président préférât une approche plus “réaliste” qui aurait utilisé plus judicieusement la puissance américaine – et il était moins assujetti au gouvernement de droite israélien.

L’influence souterraine des néoconservateurs devint particulièrement évidente au département d’État de Clinton au moment où elle fit appel à Nuland, une idéologue néoconservatrice et une assistante auprès du vice-président Dick Cheney, pour être la porte-parole du département et la mit sur la voie du poste de secrétaire d’État adjointe pour les Affaires européennes (même si le poste ne fut officialisé qu’après le départ de Clinton en 2013).

L’influence des néoconservateurs/faucons libéraux est maintenant si forte au sein du département d’État que des officiels de ma connaissance qui occupent ces lieux réapparaissent, comme habités par des extraterrestres, débitant des discours arrogants pour le soutien de l’intervention américaine partout dans le monde. En revanche, je trouve, qu’en comparaison, la CIA et le Pentagone font preuve de réalisme et de retenue.

Peut-être le meilleur exemple de ce phénomène d'”extraterrestres” est-il le sénateur John Kerry qui a remplacé Clinton au poste de secrétaire d’État en devenant, au même moment, le porte-parole de la rhétorique la plus va-t-en-guerre de la bureaucratie.

Par exemple, Kerry a été partisan d’une campagne de bombardements en représailles contre l’armée syrienne en août 2013, ignorant les doutes de la communauté du renseignement sur la responsabilité ou non du régime de Bachar el Assad quant à l’attaque au gaz sarin dans la banlieue de Damas.

Au lieu d’écouter les analystes du renseignement, Kerry s’est aligné derrière la “pensée de groupe” pilotée par les néoconservateurs rejetant toute la faute sur Assad, l’excuse parfaite pour mettre en place, avec retard, le “changement de régime” syrien, cher aux néoconservateurs. Les néoconservateurs ne prirent pas en compte la réalité des faits – et Kerry abonda en ce sens. [Lire sur Consortiumnews.com “What’s the Matter with John Kerry?“]

Mais Obama, lui, n’a pas suivi. Il écoutait lorsque James R. Clapper, directeur du renseignement national, lui a dit qu’on était loin d’avoir des preuves que l’armée syrienne fût impliquée. (Au bout du compte, Il y aurait des preuves d’une provocation montée par les islamistes extrémistes afin de pousser l’armée américaine à intervenir à leur côté dans la guerre.)

Obama a reçu également une aide du président russe Vladimir Poutine qui persuada le président Assad de renoncer aux armes chimiques (alors qu’Assad a toujours nié tout rôle dans l’attaque au gaz sarin). L’aide de Poutine a énervé les néoconservateurs qui ont rapidement reconnu que la coopération Obama-Poutine était une menace profonde pour leur entreprise de « changements de régime ».

Cibler l’Ukraine

Certains néoconservateurs, plus intelligents, ont rapidement considéré l’Ukraine comme un coin qui pourrait être enfoncé entre Obama et Poutine. Carl Gershman, président de la Fondation nationale pour la démocratie (NED), a appelé l’Ukraine le “gros lot” et un premier pas potentiel pour écarter Poutine du pouvoir en Russie.

C’est à la secrétaire d’État adjointe Nuland qu’a été confiée la direction de l’opération en Ukraine jusqu’à sa réussite, telle qu’elle l’avait planifiée avec l’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, pour se débarrasser du président ukrainien pro-russe Victor Ianukovich. Nuland et Pyatt ont été piégés par l’interception d’une discussion téléphonique portant sur qui devrait prendre la relève.

« Yats, c’est notre homme, » a dit Nuland à propos d’Arseni Iatseniouk qui allait en effet devenir le nouveau Premier ministre. Nuland et Pyatt ont alors échangé des idées sur comment « faire coller tout ça » et comment « donner naissance à ce truc ». Ce « truc » est devenu le sanglant coup d’État du 22 février 2014, qui a évincé le Président élu Ianukovich et provoqué une guerre civile entre « nationalistes » ukrainiens de l’Ouest et russes ethniques de l’Ukraine à l’Est.

Comme les « nationalistes », dont certains ouvertement néonazis, ont infligé des atrocités aux Russes ethniques, la Crimée a voté à 96 pour cent pour quitter l’Ukraine et rejoindre la Russie. La résistance au nouveau régime de Kiev a également surgi dans la région du Donbass oriental.

Pour le département d’État – et les médias américains traditionnels – ce conflit s’explique totalement par « l’agression russe » contre l’Ukraine et « l’invasion russe » de la Crimée (malgré le fait que les troupes russes étaient déjà en Crimée dans le cadre de l’accord sur la base navale de Sébastopol). Mais tous les gens qui comptent ont reconnu que le référendum en Crimée était « une mascarade » (quoique de nombreux sondages ont depuis confirmé les résultats).

Quand la citoyenne Clinton s’est penchée sur la crise en Ukraine, elle a comparé le Président russe Poutine à Hitler.

Ainsi, aujourd’hui, la stratégie du scénario – comme Obama le qualifierait – des faucons néoconservateurs/libéraux de Washington exige une concentration de plus en plus importante de troupes américaines et de systèmes d’armements de l’OTAN à la frontière russe pour dissuader « l’agression » de Poutine.

Ces durs à cuire et ces jeunes filles jurent aussi ignorer les avertissements de la Russie contre ce qu’elle estime des menaces militaires à son existence. Apparemment « les hommes, les vrais » vont à Moscou (peut-être en chevauchant une bombe nucléaire comme celle, fameuse, de « Docteur Folamour »).

Ian Joseph Brzezinski, fonctionnaire au département d’État sous la présidence de George W. Bush et maintenant expert en politique étrangère pour le Conseil atlantique, un groupe de réflexion de l’OTAN, a cosigné un article exhortant l’OTAN à incorporer des unités de l’armée ukrainienne au déploiement de ses opérations militaires le long de la frontière russe.

« Des responsables de la sécurité nationale ukrainienne de haut niveau ont incité vivement la communauté internationale à être plus audacieuse dans sa réponse aux actions militaires provocatrices de la Russie, » ont écrit Brzezinski (fils du vieux guerrier de la guerre froide, Zbigniew Brzezinski) et le coauteur ukrainien Markian Bilynskyj.

« Le déploiement d’une compagnie d’infanterie ukrainienne expérimentée ou d’une plus grande unité pour renforcer la défense du territoire de l’OTAN en Europe centrale serait une contribution positive au maintien des forces de l’Alliance dans la région. »

Suivre le scénario

Ce genre de discours ferme est celui que le prochain Président, quel qu’il ou elle soit, peut attendre d’un officiel de Washington. L’interview d’Obama dans The Atlantic montre bien qu’il se sent entouré et engagé par ces forces bellicistes, mais qu’il tire une certaine fierté à résister – de temps en temps – au scénario stratégique de Washington.

Mais comment la Présidente Hillary Clinton répondrait-elle ? Quand elle est apparue face au Comité américain des Affaires publiques d’Israël le 21 mars – à un moment où il semblait qu’elle avait presque remporté la nomination démocrate – Clinton a montré ce qu’on peut appeler son vrai visage, assurant servilement Israël de sa loyauté et promettant d’entretenir des relations étroites entre les États-Unis et Israël « en passant au niveau supérieur » (une expression qui s’applique d’habitude aux couples décidant d’emménager ensemble).

En examinant le rapport public de Clinton, on pourrait raisonnablement conclure qu’elle-même fait partie des néoconservateurs, tant dans sa dévotion à Israël que son penchant pour la solution des « changements de régime ». Elle suit aussi la tendance des néoconservateurs à diaboliser tout dirigeant étranger qui se met en travers de leur chemin. Mais même si elle n’en est pas membre à part entière, elle se plie souvent à leurs demandes.

Un écart possible par rapport à cette ligne est l’amitié personnelle de Clinton avec le conseiller de longue date Sidney Blumenthal, qui a très tôt critiqué le néo-conservatisme lorsqu’il est apparu comme une force puissante durant l’administration Reagan. Blumenthal et son fils Max ont aussi osé critiquer le traitement abusif des Palestiniens par Israël.

Cependant, le lobby d’Israël semble ne courir aucun risque d’entendre la voix de Sidney Blumenthal pendant une 45e administration dirigée par Clinton. Le mois dernier, un groupe pro-sioniste, The World Values Network, a acheté une pleine page du New York Times pour attaquer Blumenthal et son fils et a déclaré que « Hillary Clinton doit désavouer ses conseillers anti-Israël. »

Bien que Clinton ne puisse se dissocier publiquement de Sidney Blumenthal, la frappe préventive a rétréci sa marge d’action et a aidé le clan Kagan-Nuland à foncer au cœur de la politique étrangère de Clinton.

En effet, l’objectif principal de Clinton, si elle est élue, est probablement d’assurer sa réélection. En politicien traditionnel, elle devrait penser que le moyen de réaliser sa réélection est de rester du bon côté du leadership israélien. Dans cette optique, elle a promis à l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) que, Présidente, elle inviterait immédiatement le Premier ministre Benyamin Netanyahou à la Maison-Blanche.

Ainsi, qu’arriverait-il si Clinton faisait passer la relation américano-israélienne « au niveau supérieur » ? Vraisemblablement cela signifierait adopter une ligne très dure envers l’accord nucléaire de l’an dernier avec l’Iran. Or, étant donné la réticence américaine à accorder un allègement significatif des sanctions économiques, l’Iran met déjà en doute l’intérêt de son consentement aux contraintes exceptionnelles de son programme nucléaire.

Une approche belliqueuse de Clinton – condamnant le comportement de l’Iran et imposant de nouvelles sanctions – renforcerait, au sein du gouvernement, les tenants d’une politique dure envers l’Iran et pourrait bien mener l’Iran à renoncer à l’accord en raison de la mauvaise foi américaine. Cela, bien sûr, plairait aux néoconservateurs et à Netanyahou en remettant en jeu l’option « boum boum boum l’Iran ». [Le refrain des Beach Boys, « Bar bar bar bar Barbar Ann », a été détourné par McCain en « Bomb bomb bomb, bomb bomb Iran », NdT]

Un renversement stupéfiant

Clinton peut avoir considéré son discours à l’AIPAC comme l’amorce du « recentrage » qu’elle attendait tant – la libérant finalement de l’obligation de faire la cour aux progressistes – mais ensuite elle a subi une série de défaites, souvent de l’ordre du raz de marée, aux primaires et au comité électoral aux mains du sénateur Bernie Sanders.

En plus de ces défaites stupéfiantes, la campagne de Clinton a nettement souffert d’un « manque d’enthousiasme ». Sanders, le « social-démocrate » de 74 ans du Vermont, attire des foules énormes et surexcitées et gagne d’impressionnants pourcentages d’électeurs plus jeunes. En attendant, Clinton est confrontée à des sondages montrant des taux élevés d’opinions négatives et une extraordinaire méfiance publique.

Si elle obtient la nomination démocrate, elle ne peut que s’engager dans une campagne négative acharnée puisque – face au manque d’enthousiasme des électeurs – sa meilleure chance de victoire est de diaboliser à un tel point son adversaire républicain que Démocrates et Indépendants se rendent aux urnes, morts de peur à l’idée de ce que le fou furieux du Parti républicain pourrait faire.

A l’heure qu’il est, beaucoup de partisans de Clinton la voient comme le choix – pas très excitant – de « la sécurité », une femme politique dont le long curriculum leur apporte l’assurance qu’elle doit savoir ce qu’elle fait. Les Afro-Américains, qui ont été ses électeurs les plus loyaux, se sentent apparemment plus à l’aise avec quelqu’un qu’ils connaissent (qui a eu aussi des fonctions dans l’administration Obama), que Sanders, qui est inconnu pour beaucoup et vu comme quelqu’un dont les programmes ambitieux semblent moins concrets que les idées sans envergure de Clinton.

Mais regarder de près le curriculum de Clinton, particulièrement son attachement aux « changements de régime » et autres plans interventionnistes au Moyen-Orient et en l’Europe de l’Est, pourrait faire réfléchir les électeurs pacifistes. [Lire sur Consortiumnews.com, « Is Hillary Clinton ‘Qualified’ ? »]

Des néoconservateurs astucieux, comme Robert Kagan, ont compris depuis longtemps que Clinton pourrait être leur cheval de Troie, tiré dans la Maison-Blanche par les électeurs Démocrates. Kagan a déclaré au New York Times : « Je me sens à l’aise avec elle sur la politique étrangère. Si elle poursuit la politique que nous pensons qu’elle poursuivra, ce sera ce qu’on pourrait appeler du néo-conservatisme, mais il est clair que ses partisans ne vont pas l’appeler ainsi ; ils vont l’appeler autrement. »

Le même article du Times a remarqué que Clinton « reste le navire dans lequel beaucoup d’interventionnistes mettent leurs espoirs. » Cependant, si elle est ce « navire » rapportant une politique étrangère néoconservatrice à la Maison-Blanche, ce choix « sécurisant » pourrait se révéler dangereux pour Amérique et la planète.

Source : Consortiumnews.com, le 10/04/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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