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LE BLANC ET LE NOIR

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Dans la vie rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Ni droite / Ni gauche / Ni extrémismes mais résolument Contre le Système totalitaire marchand


La russophobie tue

Publié par Leblancetlenoir sur 8 Juillet 2016, 20:34pm

Catégories : #RUSSIE

Panneau « Aristocratie, libéralisme, progrès, principes… Que des mots inutiles ! Un Russe n’en a pas besoin » dans le métro londonien. ©: Tonia Samsonova/FB
Panneau « Aristocratie, libéralisme, progrès, principes… Que des mots inutiles ! Un Russe n’en a pas besoin » dans le métro londonien. ©: Tonia Samsonova/FB

« Non, la russophobie n’est pas une manie inventée par une poignée de Russes susceptibles. »

«Aristocratie, libéralisme, progrès, principes… Que des mots inutiles ! Un Juif n’en a pas besoin.» Difficile d’imaginer une pancarte comme celle-ci dans le métro londonien, n’est-ce pas ? Et pourtant, on en trouve des dizaines, portant la même inscription, à une différence près : il s’agit des Russes, et pas des Juifs.
« Aristocratie, libéralisme, progrès, principes… Que des mots inutiles ! Un Russe n’en a pas besoin. » C’est la citation du roman d’Ivan Tourgueniev Pères et Fils qu’ont choisie les éditions britanniques Penguin pour leur dernière campagne de publicité. Il s’agirait d’attirer l’attention des passants sur des classiques publiés par la maison d’édition. Pourtant, l’affiche ne mentionne ni le titre du roman, ni son auteur. Et même la citation est tronquée. Voici la version originale : « Aristocratie, libéralisme, progrès, principes… Que des mots étrangers… et inutiles. Un Russe n’en donnera pas grand-chose. »
Dans le roman de Tourgueniev, la phrase est de Bazarov, personnage principal, connu pour ses convictions nihilistes. Mais ce détail n’est pas précisé non plus. Ce qui reste, c’est cette pancarte blanche avec des mots rouges, provenant d’une source inconnue. Et des idées qui s’imprègnent dans l’esprit. Les Russes ne connaissent pas le progrès, ils n’ont pas de principes… Mais c’est un peu ce que vous avez toujours pensé, non ? Si j’ai remplacé « Russe » par « Juif » au début de ce texte, c’est précisément, chers lecteurs, pour vous faire bondir sur votre chaise. Et pour souligner le caractère dégradant et agressif des propos en question.
Parce que les manifestations d’antisémitisme continuent de nous choquer (et heureusement !). Alors que la russophobie… La russophobie est aujourd’hui l’une des rares formes de discrimination encore tolérées. Même si ceux chez qui elle s’exprime le plus violemment affirment généralement qu’elle n’existe

pas. Quand des membres de la communauté russe de Londres ont demandé des explications à la maison d’édition, on leur a répondu que la campagne voulait « intriguer les gens, les inciter à rechercher des informations et leur faire découvrir des livres dignes d’être lus ». « Nous ne souhaitions que célébrer ces oeuvres », leur a-t-on expliqué.
Russophobie ? Quelle russophobie ? Ce mépris pour les Russes semble tellement naturel à certains qu’ils n’ont même pas conscience d’en faire preuve. Qui ne s’est jamais permis une blague de bon goût devant des Russes, du type : « Ah, chez vous, on donne de la vodka aux nourrissons, pas vrai ? » Qui n’a jamais disserté sur le prétendu « penchant autoritaire » des Russes, qui ne « sont pas comme nous » et « aiment la poigne » ? Le mythe du Russe agressif qui cherche à dominer, écrase les plus faibles et aspire à imposer sa volonté à la planète est particulièrement vivace. Les médias le véhiculent d’autant plus volontiers qu’il offre une explication facile et exhaustive à tous les agissements de la Russie dans le monde. Pas la peine de chercher plus loin. Pourquoi étudier l’histoire des relations de la Russie avec ses voisins ? S’intéresser à la situation des différents groupes ethniques et linguistiques au sein de ces États ? À quoi bon s’interroger sur les diverses influences extérieures et les intérêts des grandes puissances en Ukraine ou dans les pays baltes ? Il est beaucoup plus facile d’asséner : « Poutine est un méchant colonisateur, il veut tout contrôler, les populations de ces petits États lui résistent ; les Russes ont soif d’empire, ils détestent la liberté et ne supportent pas que d’autres y aspirent ! »
Cette explication, médiocre, est malheureusement la seule qui nous est servie sur les plateaux de télévision et dans les pages des journaux depuis plusieurs années. Plutôt que de démêler le noeud des volontés divergentes et multiples, il est beaucoup plus simple, pour les journalistes, de présenter les Russes comme des agresseurs et des semeurs de troubles une fois pour toutes. De les déclarer toujours coupables. Cela justifie toutes les agressions à leur encontre. Histoire de pouvoir se dire : nous les attaquons car nous devons nous défendre. Sinon, c’est eux qui nous attaqueront. Ce mythe est entretenu depuis longtemps par les pays baltes : la Russie, mue par sa soif de conquête inassouvie, aurait le désir caché de réintroduire ses tanks en Europe et de la dominer pour de vrai. Et peu importe qu’au cours des deux derniers siècles, la Russie n’ait jamais été l’agresseur mais, au contraire, l’objet des attaques de l’Europe – de la France en 1812, puis de l’Allemagne en 1941. Contre toute attente, la Russie a gagné deux guerres qu’elle n’avait pas commencées, et à l’issue desquelles elle aurait dû cesser d’exister. Tel était, du moins, l’objectif des envahisseurs. Eh bien non – aujourd’hui non plus, la Russie ne cherche pas à envahir l’Europe. Pour mémoire, en 1989, elle a volontairement retiré ses troupes des pays européens. Mieux : elle ne s’est pas opposée à la réunification de l’Allemagne, ce pays qui l’avait agressée et exterminé des millions de ses citoyens (26, pour être exacte).
La Russie n’avait demandé qu’une chose en échange : que l’OTAN reste loin de ses frontières. Cette promesse lui a été faite, mais n’a jamais été tenue. De fait, le jour où la Russie a senti arriver les navires de l’OTAN en Crimée et dans sa cité légendaire de Sébastopol, elle aussi a fait un pas en avant. La Crimée est redevenue russe. Une tâche d’autant plus aisée que ses habitants le désiraient ardemment depuis vingt ans. Allez leur poser la question, si vous avez le moindre doute là-dessus. Autre mythe à dissiper : contrairement à ce que certains médias voudraient vous faire croire, les populations des ex-républiques soviétiques ne veulent pas toutes s’éloigner le plus possible de la Russie. Certains peuples le désirent, c’est vrai, mais d’autres, bien plus nombreux, gardent de bons souvenirs de leur coexistence avec la Russie au sein du projet soviétique, n’en déplaise à certains. Ils entretiennent des liens de parenté et de culture très forts avec la Russie et ne sont pas prêts à les rompre du jour au lendemain. D’aucuns, comme dans le Donbass, sont même prêts à les défendre les armes à la main. Surprise ! Mais pourquoi s’intéresser à tous ces menus détails, pourquoi vouloir comprendre les motivations de ces populations bizarres qui, au lieu d’aspirer de toutes leurs forces à rejoindre l’Union européenne, veulent rester mentalement dans le monde russe ?
Mieux vaut les ignorer, faire comme si elles n’étaient pas là. Car, par leur existence même, ces gens abattent le mythe de la Russie oppressante que tout être épris de liberté fuit à toutes jambes. Manifestement, elle n’est pas si oppressante que ça. Pour certains, elle est même extrêmement précieuse, de par sa langue, son histoire, ses auteurs, ses rêves et ses illusions. Pour ceux-là, elle est tout simplement trop proche, ils ne peuvent pas la renier. Qui l’eût cru ? Mais non : plutôt que d’essayer de comprendre les motivations de ceux qui, malgré toute la propagande dont le pays est l’objet, s’acharnent à vouloir rester russes, on préfère les dire grossièrement manipulés, passifs, aliénés, inaptes à la réflexion autonome. C’est plus simple. Quand quelqu’un a des convictions que vous ne voulez pas reconnaître, vous affirmez qu’il est incapable de penser par lui-même, que ses idées lui sont soufflées par une propagande.
En fait, seuls ceux qui dénigrent la Russie réfléchissent de façon indépendante, lucide, intelligente et perspicace. Les autres sont forcément bêtes, bornés, malléables et influençables. Leurs idées ne leur appartiennent pas ! Ce schéma est tellement grossier et arrogant qu’on a du mal à croire qu’il fonctionne. Mais c’est le cas. C’est ainsi que tous les grands médias présentent le conflit ukrainien depuis son commencement: les Ukrainiens qui veulent se
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distancier de la Russie pour se rapprocher de l’Union européenne sont des gens formidables, éclairés et bienveillants. Ils vont vers le Bien et la lumière. Et leurs opposants sont obtus, violents et suivistes. Ils sont dans l’erreur. Des soldats de bois. Des sous-hommes. Ne soyez pas choqués – nous en sommes là. Pour la plupart des commentateurs occidentaux, les résistants du Donbass sont bien des êtres de rang inférieur. Comment expliquer, sinon, la totale indifférence pour leurs morts et leurs souffrances ? Le refus de voir les centaines d’innocents qui tombent sous les bombes de Kiev ? Le cynisme incroyable qui s’exprime dans les conclusions hâtives, toujours les mêmes : « Des cadavres ? Mais ce sont les séparatistes eux-mêmes qui abattent leur population ! » Évidemment, ce sont les séparatistes qui s’entretuent car ils n’ont rien d’autre à faire. Et l’armée ukrainienne est probablement là pour mener des opérations humanitaires… ?
Non, la russophobie n’est pas une manie inventée par une poignée de Russes susceptibles. Elle existe bel et bien. Elle alimente les coeurs en haine. Elle provoque méfiance et rejet. Elle fait fermer les yeux sur ceux qui souffrent et les fait déclarer méchants. Nourrie par des mythes séculaires, elle freine toute tentative de compréhension. Elle aveugle. Elle aigrit et elle finit par tuer.
Inna Doulkina
Le Courrier de Russie - 9 juin 2016

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