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LE BLANC ET LE NOIR

LE BLANC ET LE NOIR

Dans la vie rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Ni droite / Ni gauche / Ni extrémismes mais résolument Contre le Système totalitaire marchand


Interview - Lorsque des gens entrent chez vous armés et commencent à frapper votre mère, vous n’avez pas d’autre choix que de les combattre

Publié par Leblancetlenoir sur 6 Décembre 2016, 16:34pm

Catégories : #UKRAINE

Le 30 novembre 2016, nous sommes allés sur les positions de l'armée de la République Populaire de Donetsk (RPD) près de Mikhaylovka, au Sud de Gorlovka. Une unité de Razvedka (unité de reconnaissance) tenait ces positions, et l'un des soldats a accepté de nous accorder une interview. Son nom de code : « Estonien ».

Pour des raisons de sécurité nous ne pouvons montrer ni son visage ni la position où cette interview a eu lieu.

 

Pourriez-vous nous dire s'il-vous-plaît quelle est la situation ici  ?
Ici ?

Oui.
Eh bien, maintenant c'est calme.

Vraiment  ? Pas de bombardements  ?
Non, ils bombardent. Ils le font. En général les bombardements ont lieu chaque nuit.

Chaque nuit  ?
Ils commencent à 7 heures du soir et durent jusqu'à 5 heures du matin.

Mais ça a lieu chaque nuit ou  ?
Chaque nuit.

D'accord
Ça a lieu chaque nuit. Lorsque Dniepr-1 était déployé ici, ça arrivait à la fois le matin, en journée et la nuit. Maintenant, je ne sais pas, les FAU (Forces Armées Ukrainiennes) doivent être déployées là, c'est pour cela que c'est plus calme.

Est-ce que ce sont les FAU ou des bataillons comme Secteur Droit  ?
Très probablement, ce sont des soldats des FAU qui sont stationnés là.

Je vois.
En journée, il n'y a pas plus de six personnes de garde. Sur toute la longueur des tranchées. Et leurs tranchées font au moins 2 km de long. Il y en a six au maximum, et le soir ils sont déjà rassemblés. À 7 heures du soir ils viennent ici.

Depuis combien de temps êtes-vous soldat  ?
Depuis le tout début, j'en suis à ma troisième année.

Et pourquoi êtes-vous devenu soldat  ?
Comment vous appelez-vous ?

Christelle.
Christina (tous les gens ici transforment mon prénom en Christina), regardez. Que feriez-vous si quelqu'un entrait chez vous en armes ? S'ils commençaient à frapper votre mère, comme ils ont battu la mienne jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse, vous prendriez les armes ? Mon grand-père a libéré l'Ukraine de l'Ouest, il les a écrasé à coup de chars d'assaut, mais manifestement le temps lui a manqué, certains se sont infiltrés. Qui excepté moi, le petit-fils d'un soldat de l'Armée Rouge, un commandant, un officier, qui d'autre pouvait continuer tout cela, et gérer cette affaire ? Pour que les fascistes ne foulent pas notre terre. Pour que les familles ne souffrent pas, pour que les maisons ne soient pas détruites, pour que les enfants, les femmes, ne soient pas tués. En trois ans, vous savez, j'en ai beaucoup vu, à la fois ici et à Lougansk. J'ai bien vu toutes les merdes que ces bâtards ont faites. Ce qu'ils allaient faire à Saur Mogila. Ce qu'ils faisaient à Debaltsevo. J'en ai vu assez. Je peux vous décrire des faits terrifiants, mais je vais avoir pitié de vos nerfs. Quelles saloperies ils ont commises dans le village de Saurovka, à Debaltsevo. Je peux vous en raconter beaucoup. C'était totalement atroce à l'aéroport. J'ai participé à la fois au premier et au deuxième assaut sur l'aéroport. C'est la raison pour laquelle je sais parfaitement les atrocités qu'ils ont commises dans la rue Stratonavtov, quelles merdes ils ont faites là-bas. Vous savez, je pense que chacun a les valeurs de sa terre, de l'endroit où il vit, où il est né, où ses parents ont grandi, où ses ancêtres sont enterrés. Tout le monde a pitié. Et toutes ces destructions, toutes ces atrocités qu'ils commettent, tous ces excès flagrants… Je ne sais pas comment un être humain peut ne pas prendre les armes, ne pas les renvoyer d'où ils viennent. Il n'y a juste pas d'autre choix. Toutes leurs tentatives d'arriver à un accord à Minsk sont un pur non-sens. Ils ne peuvent pas être ramenés à la raison par des mots, ils s'en foutent de Minsk, ils s'en foutent simplement. Tous ces bombardements quotidiens de Yasinovataya, on les observe chaque nuit. Et vous savez, ces calibres sont loin d'être du 82 mm. Ici tirent à la fois des chars d'assaut et des canons d'artillerie automoteurs qui auraient dû être retirés conformément aux accords de Minsk. Et ils ne tirent pas depuis chez nous, mais depuis chez eux. Voilà ce que nous avons, regardez juste nos positions. Pouvez-vous voir un char d'assaut quelque part ici ?

Non.
Exact, ici il n'y en a aucun. Sur la droite sont stationnés leurs mortiers. Ils bombardent quotidiennement nos gars à l'aide de mortiers. Parfois nous sommes touchés aussi, comme vous pouvez le voir. Là-bas, sous le banc. Voilà ce qu'on « reçoit ». Ces choses sont monnaie courante. Juste en dessous. Et, en passant, la marque de service. Voilà, c'est leur marque de service. Vous pouvez la voir. Du 86. Et de telles choses nous frappent presque chaque fois. Nous avons plein d'embouts de lance-roquettes antichars et de missiles sol-air d'un calibre de 30 par 165.

Merci.

Interview par Christelle Néant

 

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