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LE BLANC ET LE NOIR

LE BLANC ET LE NOIR

Dans la vie rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Ni droite / Ni gauche / Ni extrémismes mais résolument Contre le Système totalitaire marchand


La chute d'Alep

Publié par Leblancetlenoir sur 23 Décembre 2016, 21:39pm

Catégories : #Syrie, #ALEP, #IMPERIALISME AMERICAIN, #ETATS UNIS, #RUSSIE, #IRAN, #QUATAR, #Etat Islamique

 

Le 13 décembre, alors que les forces gouvernementales syriennes étaient sur le point de capturer Alep, un commentateur a publié un article avec ce passage pour introduction: «Le régime syrien et son allié russe en sont aux derniers stades barbares de leur attaque contre Alep».

Le commentateur a ajouté: «Les forces interarmées du régime de Bashar al-Assad, de la force aérienne russe et des escadrons de la mort chiites soutenus par l’Iran sont en train de reconquérir Alep-Est, selon des reportages – et avec elle, la dernière des grandes villes libérées par la Révolution syrienne depuis 2011.»

Ces passages pourraient figurer dans les pages du New York Times, du Washington Post ou de l’un des innombrables médias bourgeois qui servent d’organes de propagande à l’impérialisme américain.

Mais l’auteur est en fait Ashley Smith, et la publication est SocialistWorker.org, le site web de l’International Socialist Organization (ISO). Quiconque doute de l’orientation pro-impérialiste et proguerre de cette organisation de la pseudo-gauche verra son doute dissipé après une lecture objective de l’article de Smith.

Tant par son ton que par son contenu, l’article de Smith intitulé «La contre-révolution écrase Alep» s’aligne parfaitement avec le déluge d’articles antisyriens et antirusses qui a accompagné la chute d’Alep, reflétant la rage de la classe dirigeante américaine sur la débâcle de sa guerre menée depuis cinq ans pour un changement de régime.

Le cri des maccarthystes des années cinquante, «Qui a perdu la Chine?» est maintenant remplacé par «Qui a perdu la Syrie?» L’ISO est on ne peut plus claire dans sa réponse à cette question, déclarant que la campagne pour évincer Assad a échoué jusqu’à présent du fait de l’«échec» de la «gauche» à «soutenir unanimement la Révolution syrienne».

Ce n’est pas par manque d’efforts de la part de Smith et de ses collègues. Depuis plus de cinq ans l’ISO se fait cheerleader de la sanglante guerre de procuration soutenue par les États-Unis en Syrie. À tous les stades de la guerre, l’ISO a marché au pas avec les sections les plus furieusement interventionnistes de l’establishment politique américain, en colportant ses mensonges constamment.

Le World Socialist Web Site ne défend aucunement les actions de Moscou et de Damas. Mais la présentation de cette guerre par les médias et l’establishment politique américains, y compris SocialistWorker.org, est tout à fait hypocrite, unilatérale et motivée par la défense politique des crimes des États-Unis en Syrie et ailleurs au Moyen-Orient.

Tant les médias de l’establishment américain que l’ISO de pseudo-gauche présentent une fausse caractérisation de la guerre civile syrienne, dans laquelle des forces «démocratiques» mènent une lutte révolutionnaire contre Assad et son allié, la Russie. Tous les faits qui contredisent ce discours sont ignorés.

La réalité est que la faction «rebelle» dans la guerre civile syrienne est dominée par les milices islamistes soutenues par les États-Unis et n’existerait pas sans les milliards de dollars dépensés par les États-Unis pour tenter de renverser Assad. Washington considère cet objectif essentiel non seulement dans le cadre de ses efforts pour établir son hégémonie au Moyen-Orient, région riche en pétrole, mais aussi pour isoler, déstabiliser et finalement démembrer la Russie, considérée comme un obstacle majeur à la domination impérialiste américaine sur l’Eurasie. Le régime d’Assad est le seul allié arabe de la Russie au Moyen-Orient, et la Syrie abrite la seule base navale de ce pays en mer Méditerranée.

Le but de l’article de Smith est de nier ces faits au moyen d’une présentation malhonnête de la guerre civile syrienne, qu’il qualifie de «soulèvement populaire et prodémocratique, tout aussi légitime que les autres rébellions menées contre les autocraties dans le reste du Moyen-Orient et en Afrique du Nord, collectivement connues sous le nom de Printemps arabe.»

Smith affirme simplement que c’est là un fait, mais sans chercher de quelque façon que ce soit à le prouver. Quelles organisations, déclarations ou programmes peut-il nous présenter comme étant les porteurs de cette soi-disant révolution? La seule organisation que Smith nomme comme étant à la tête de cette révolution «démocratique» est l’Armée syrienne libre, une force de procuration soutenue par les États-Unis et qui est composée d’anciens membres de l’armée même d’Assad.

Smith cite Joseph Daher, qui est affilié au Secrétariat international pabliste, pour affirmer que depuis qu’Alep est passée sous contrôle «rebelle», la ville est devenue «un symbole de l’alternative démocratique que pourrait être la Syrie».

Pur mensonge. Alep-Est a été largement sous la domination de la branche syrienne d’Al-Qaïda – le Front al-Nosra – organisation responsable de multiples atrocités. Al-Nosra a mené des bombardements aveugles contre les civils à Alep-Ouest, contrôlée par le gouvernement, en plus de torturer et d’exécuter leurs prisonniers, dont des enfants.

Dans son rapport le plus récent sur les conditions prévalant dans les zones «rebelles», Amnistie internationale déclarait: «Les civils vivent dans la peur constante d’être enlevés s’ils critiquent la conduite des groupes armés au pouvoir ou ne respectent pas les règles strictes imposées par certains de ces groupes.»

Le rapport se poursuivait : «À Alep et Idlib aujourd’hui, les groupes armés sont libres de commettre des crimes de guerre et d’autres violations du droit international humanitaire en toute impunité. Chose étonnante, nous avons également documenté que des groupes armés utilisent les mêmes méthodes de torture que celles utilisées par le gouvernement syrien.»

Incapable de nier le rôle dominant des groupes liés à Al-Qaïda dans l’opposition, Smith concocte un récit selon lequel la domination djihadiste sur les forces anti-Assad est le résultat d’un complot orchestré par nul autre qu’Assad même!

Il écrit: «Après que la révolution a éclaté au début de 2011, Assad a libéré des milliers de prisonniers [islamistes] dans l’espoir qu’ils se coalisent en une organisation rivale au soulèvement majoritairement laïque et prodémocratique». En fait, Assad a libéré des prisonniers politiques comme une concession à l’opposition syrienne, qui exigeait parmi ses protestations initiales la libération de ces forces.

L’objectif de base de l’article de Smith est d’obscurcir le fait que la guerre civile syrienne, avec tous ses morts, ses personnes déplacées et ses carnages, est le produit d’une opération de changement de régime menée par les États-Unis. Il parvient même à ne pas mentionner les États-Unis avant les trois quarts de son article, ajoutant le nom du pays en dernier sur une liste de plusieurs «puissances impérialistes et régionales» responsables de la défaite de la «révolution».

Smith nomme comme responsables de la situation en Syrie, après le régime d’Assad, l’Iran, la Russie (nourrissant «l’intention de devenir une puissance impériale dans la région») et «d’autres puissances régionales, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie».

Mais la principale critique de Smith à l’égard des États-Unis (et par implication de l’administration Obama et de la CIA, qui ne sont jamais mentionnés par leur nom), c’est qu’ils ne sont pas allés assez loin dans leur armement des «rebelles». Smith se plaint que les États-Unis «ont refusé» aux milices anti-Assad «des armes antiaériennes cruciales qui auraient permis aux rebelles de surmonter le seul avantage militaire du régime d’Assad: sa puissance aérienne».

En fait, dans le récit tordu de Smith, l’allocation de milliards de dollars par les États-Unis pour soutenir les «rebelles» n’était qu’un leurre élaboré pour camoufler le fait qu’ils ont toujours dans une «collaboration de facto avec la Russie et le régime syrien». Les États-Unis, semble-t-il, auraient conspiré avec la Russie pour soutenir Assad et le garder au pouvoir…

L’article en entier est plein de contradictions aussi absurdes. Ainsi, les États-Unis sont une force de contre-révolution contre l’opposition démocratique anti-Assad. Mais le groupe cité par Smith lui-même comme un pilier de cette même opposition démocratique – l’Armée syrienne libre – est soutenu et financé par les États-Unis!

Smith explique: «Les États-Unis ne voulaient pas de changement de régime en Syrie. Tout au plus voulaient-ils une transition ordonnée qui les aurait débarrassés d’Assad.»

Peut-on trouver de meilleure définition de changement de régime qu’une «transition ordonnée» qui aurait fait que les États-Unis auraient été «débarrassés» d’un leader qu’ils considèrent comme hostile à leurs intérêts? C’est précisément le but de l’intervention de Washington en Syrie, que l’ISO ne critique que parce qu’elle n’a pas été menée assez agressivement.

Maintenant, avec l’effondrement évident de l’opération américaine de changement de régime, l’ISO réagit avec stupeur, colère et déception, non seulement devant l’échec de déposer Assad, mais de la perte conséquente de la position de l’impérialisme américain au Moyen-Orient et sur le plan international.

Smith écrit, avec une amertume non dissimulée: «Ce résultat a exposé les États-Unis comme une puissance affaiblie au Moyen-Orient... Entretemps, la position de la Russie a gagné en force, alors que les responsables américains n’ont rien pu faire d’autre que de proposer des résolutions pour un cessez-le-feu au Conseil de sécurité des Nations Unies, auxquelles Moscou a opposé son veto.

Ce sont là des mots qui auraient pu être tirés des conclusions furieuses de n’importe quelle douzaine de groupes de réflexion de Washington liés à la CIA. Smith parle comme un pur défenseur de l’impérialisme américain. Comme son prédécesseur idéologique Max Shachtman, Smith qualifie la Russie d’«empire» comme une justification pour soutenir l’impérialisme américain.

Les théories de Shachtman ont été mises en pratique dans les années 1950 lors de la guerre de Corée, alors qu’il a refusé de défendre politiquement la Corée du Nord, s’alliant de fait avec les États-Unis dans une guerre au cours de laquelle trois millions de Coréens ont été tués. Avec comme slogan «Ni Washington, ni Moscou», Shachtman soutenait que la guerre de Corée était menée par des puissances «impérialistes» rivales – l’URSS et les États-Unis. Il a continué par la suite en soutenant les États-Unis pendant la guerre du Vietnam.

Un demi-siècle plus tard, l’argumentation de l’ISO est de l’anticommunisme réchauffé de la Guerre froide revêtu d’une couverture «de gauche», où les dénonciations de «l’empire soviétique» sont remplacées par celles de «l’empire russe».

Smith est préoccupé par l’arrivée de l’administration Trump du même point de vue que les sections de la CIA et des forces armées qui ont soutenu Clinton, à savoir qu’il ne serait pas suffisamment agressif en Syrie et contre la Russie: «Maintenant, avec l’élection surprise de Donald Trump, la politique américaine au Moyen-Orient est sur le point de changer, écrit-il. Trump préconise une alliance explicite avec la Russie et Assad contre l’État islamique et Al-Qaïda.

Au cours des huit dernières années, les États-Unis ont dissimulé leurs interventions militaires partout dans le monde – depuis le coup d’État fasciste en Ukraine aux opérations de changement de régime en Libye et en Syrie – sous le couvert de la défense des droits de l’homme, en se fiant sur des organisations comme l’ISO pour maquiller leurs opérations en «révolutions populaires». Avec l’entrée en fonction d’une administration Trump qui mettra moins l’accent sur les justifications «humanitaires» pour justifier ses interventions militaires, Smith craint une perte de statut.

Smith articule la perspective sociale qui prévaut au sein de la couche affluente de la classe moyenne supérieure constituant l’ISO et les autres organisations de pseudo-gauche. Cette couche sociale s’est enrichie lors des bulles boursières des années 1980, 1990 et 2000. Au fur et à mesure que son portefeuille d’actions augmentait, sa politique s’est déplacée vers la droite. Maintenant, elle appuie avec ferveur les opérations de l'impérialisme américain à l'échelle internationale.

Dans l’accomplissement de cette tâche urgente qu’est la construction d’un mouvement international contre la guerre impérialiste basé sur la classe ouvrière et la lutte pour le socialisme, une compréhension de la politique de droite pro-impérialiste de groupes tels que l’ISO et une lutte intransigeante contre eux sont indispensables.

http://www.wsws.org/fr/articles/2016/dec2016/tiso-d22.shtml

 

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